Proc’ sous pression
À la tête du plus grand parquet du pays, Julien Moinil dirige une structure avec 124 magistrats, 62 juristes et des milliers de policiers travaillant sous autorité judiciaire. « Ma responsabilité est gigantesque. La pression est très très forte. » Et à mesure que les responsabilités augmentent, l’isolement se fait sentir. « Plus on monte dans les sphères du pouvoir, plus on est seul », confirme-t-il. Il est aussi exigeant avec lui-même qu’avec son équipe, sur laquelle il compte beaucoup : « On a un service à rendre aux citoyens. On doit le faire bien. Le métier de procureur est difficile, il faut en avoir conscience. » La pression ne s’arrête pas aux portes du bureau. Julien Moinil vit sous la menace du grand banditisme. Sa tête aurait été mise à prix par le milieu criminel albanais : un contrat d’un million d’euros dans le cadre d’un projet d’assassinat lié au mégaprocès Sky ECC, sur lequel il a travaillé. « C’était quand même plus de 400 cartons, plus de 120 prévenus, un réquisitoire d’un mois, des commissions rogatoires à l’étranger… J’ai même été faire des perquisitions en Équateur. »
Le niveau de menace a été jugé suffisamment sérieux pour justifier des mesures de protection renforcées. « C’est très dur de ne plus pouvoir être chez soi, de perdre ses repères, confie-t-il. Aller dans une safe house, changer d’hôtel tous les deux jours… » Une instabilité permanente. Il ne regrette pourtant rien : « Ça fait partie du métier. Si j’avais été artiste peintre, avec tout le respect que j’ai pour ce métier, et que j’avais fait l’objet de menaces, j’aurais peut-être changé de voie. En tant que procureur à Bruxelles, je m’attendais à être menacé. Donc je vais continuer le combat. Je n’ai jamais eu peur de qui que ce soit. »





