Marc Ysaye et ses grands classiques du rock : « Under the Milky Way »

C’est l’histoire d’un tube dont personne ne voulait. Un soir de 1986, Kilbey, bassiste et chanteur du groupe The Church, rend visite à sa mère avec sa petite amie de l’époque, Karin Jansson. Nous sommes à Smiths Lake, une lagune à 3 heures au nord de Sydney, sur le territoire aborigène Worimi. Aucune pollution lumineuse, on voit des millions d’étoiles au-dessus du lac.
Après le dîner, il sort fumer un joint. Dans une cabane au fond du jardin, il y a un vieux piano désaccordé avec les vieux jouets d’enfance de ses frères encore dessus. Il pose un accord en « la » mineur avec une basse une octave plus bas : « Étant défoncé, j’entrevois des centaines de possibilités avec cet accord », avouera-t-il.
Il trouve par hasard le second accord, avec un fa dièse à la basse. « Tout ça a dû prendre une minute. Ma progression d’accords m’est tombée du ciel. » Cette note fera tout le charme du morceau.
« Nous avons écrit le texte en 3 minutes »
Karin Jansson entre dans la pièce. Ils écrivent les paroles sur le porche, sous les étoiles, en trois minutes ! « J’ai dit : « Que penses-tu de ceci ? », et elle a dit : « Yeah, that’s good. » » Il ne pensait même pas que ce serait une vraie chanson… Il en écrit quatre ou cinq par semaine à l’époque, il se dit que c’est juste une de plus.
Pour le titre, deux visions coexistent : l’image évidente du ciel de Smiths Lake, et selon le dossier de presse de l’album « Starfish », une référence au Melkweg (« Milky Way » en néerlandais), la salle de concerts mythique d’Amsterdam où Kilbey traînait souvent lorsqu’il était en Europe.
Un an plus tard, en 1987, The Church est à Los Angeles, au studio The Complex, pour enregistrer son 5e album, « Starfish », celui qui doit percer aux USA. Neuf morceaux ont été répétés en groupe.
Le morceau n’est même pas présenté aux sessions, car le groupe s’était juré d’écrire collectivement. Kilbey n’a qu’une démo sur son 8-pistes maison : basse, voix et guitare acoustique. Et les producteurs américains n’aiment pas la chanson !
Kilbey se dit que ça finira sur un projet solo. Ses guitaristes Marty Willson-Piper et Peter Koppes n’en voulaient pas non plus. Seul le batteur Richard Ploog l’encourageait. Ironie du sort : ce n’est pas lui qui jouera dessus.
La raison pour laquelle la chanson a été écrite ? Il n’y en a aucune ! C’est le point le plus important. Ce n’est PAS une commande, PAS une chanson d’amour, PAS une tentative de tube. Kilbey l’a dit et redit : au départ, il l’imaginait comme « une sorte de morceau de jazz… Des accords de piano, une ambiance feutrée… Je m’imaginais assis au bar, tout le monde en train de boire et l’endroit qui se vidait peu à peu. » D’où le premier vers « Sometimes when this place gets kind of empty. »
Le jour où Arista vient écouter l’album en studio, le groupe joue ses morceaux préférés. Les cadres hochent la tête, pas emballés du tout… Puis quelqu’un dit : « Play ‘em “Under the Milky Way”. » Silence dans la salle à la fin.
Puis le manager : « Je pense que nous tenons un très bon titre radio », avec des dollars dans les yeux. Et enfin Clive Davis, le fondateur d’Arista, lâche : « That song is a hit. »
Sorti le 15 février 1988 en single, le morceau sera Top 10 US, gagnera l’ARIA du Single de l’Année en 1989 et deviendra l’hymne éternel que nous connaissons. Un « beautiful accident ».










