Dans une tribune féroce, Virginie Despentes dézingue les César: «Si le violeur est un puissant: respect et solidarité»

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Virgnie Despentes en a gros sur le cœur : alors, l’écrivaine a fait ce qu’elle fait le mieux, elle a pris la plume. Dans une tribune publiée par Libération ce lundi 2 mars, la romancière, ouvertement féministe, s’adresse « aux puissants, aux boss, aux chefs, aux gros bonnets ». Elle les attaque frontalement, établissant qu’ils cherchent à exercer un « contrôle » implacable sur les autres et qu’ils protègent ainsi Roman Polanski, en défendant le réalisateur accusé de violences sexuelles.

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Elle écrit : « Il n’y a rien de surprenant à ce que l’Académie des César élise Roman Polanski meilleur réalisateur de l’année 2020. C’est grotesque, c’est insultant, c’est ignoble mais ce n’est pas surprenant. Quand tu confies un budget de plus de 25 millions à un mec pour faire un téléfilm, le message est dans le budget ». Dans le viseur de Virginie Despentes, les grands groupes qui ont investi dans le film du réalisateur primé aux César, « J’accuse ». « Gaumont Distribution, les crédits d’impôts, France 2, France 3, OCS, Canal +, la RAI… (…) Vous serrez les rangs, vous défendez l’un des vôtres ».

Multiples accusations de violences sexuelles

Reprise partout dans les médias et sur les réseaux sociaux, la carte blanche de Virginie Despentes fait mouche. Et les « plus puissants » en prennent pour leur grade : « C’est exactement à cela que ça sert, la puissance de vos grosses fortunes : avoir le contrôle des corps déclarés subalternes (…) Le temps est venu pour les plus riches de faire passer ce beau message : le respect qu’on leur doit s’étendra désormais jusqu’à leurs bites tachées du sang et de la merde des enfants qu’ils violent ». L’autrice de Vernon Subutex ne digère pas les 12 nominations de Roman Polanski aux César 2020.

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Rappelons que le réalisateur, comme le précise BFMTV, est accusé de violences sexuelles par une dizaine de femmes. Et qu’il a reconnu un détournement de mineure. Cela ne l’a donc pas empêché d’être récompensé aux César 2020, au nez et à la barbe d’un mouvement #MeToo naissant au sein du cinéma français. La figure de proue de ce mouvement ? Adèle Haenel qui s’est livrée sur les attouchements subis par le réalisateur Christophe Ruggia alors qu’elle était mineure. Cette même Adèle Haenel était dans la salle Pleyel au moment où Roman Polanski a été récompensé. Elle s’est levée et a quitté les lieux, suivie par d’autres.

« On se lève et on se casse »

Virgnie Despentes salue le geste de l’actrice française et y décèle « une image annonciatrice des jours à venir ». Et continue sa tribune au vitriol : « Tous les corps assis ce soir-là dans la salle sont convoqués dans un seul but : vérifier le pouvoir absolu des puissants. Vous savez très bien ce que vous faites quand vous défendez Polanski : vous exigez qu’on vous admire jusque dans votre délinquance ».

Celle qui a écrit l’essai et manifeste féministe « King Kong Théorie » enchaîne sur l’inégalité des traitements : « Si le violeur d’enfant c’était l’homme de ménage alors là pas de quartier : police, prison, déclarations tonitruantes, défense de la victime et condamnation générale. Mais si le violeur est un puissant : respect et solidarité.(…) Toutes les victimes de viol d’artistes savent qu’il n’y a pas de division miraculeuse entre le corps violé et le corps créateur ».

Et de conclure, en puissance : « On ne restera pas assis sans rien dire. Vous n’aurez pas notre respect. On se casse. Faites vos conneries entre vous. Célébrez-vous, humiliez-vous les uns les autres tuez, violez, exploitez, défoncez tout ce qui vous passe sous la main. On se lève et on se casse ».

 
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