Bruxelles, ta verdure fout le camp!

Bruxelles, ta verdure fout le camp!
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Le constat est dressé par l’université d’Amsterdam, relayé par le magazine flamand « Bruzz ». Bruxelles a perdu un septième de verdure au sol, l’équivalent de 1.600 terrains de football en à peu près quinze ans. Toute la Région (161,38 km2 de superficie) est concernée. Soumise à une pression démographique importante (+ 200.000 habitants en quinze ans), Bruxelles aménage de larges espaces. On pointe le site de Tour&Taxis au centre, le nouveau siège de l’Otan à Haren, le campus de l’ULB/VUB à la Plaine, l’extension de l’hôpital Érasme à Anderlecht… Des mastodontes s’érigent sur des champs ou des terrains vagues, autant de verdure en moins. S’ajoutent à cette liste : le parc Louis Hap à Etterbeek, la friche Josaphat à Schaerbeek, des lotissements face à l’Hôpital militaire ou encore celui du Donderberg avec 600 logements sociaux prévus, entre la rue des Horticulteurs et le Jardin du Fleuriste à Laeken, un ancien domaine royal.

Bruxelles, avec un ministre Ecolo à l’Environnement et des bourgmestres de la même couleur dans quelques communes, va-t-elle infléchir ce mouvement ? On n’en prend pas le chemin. La capitale de l’Europe se targue d’être l’une des villes les plus vertes d’Europe avec ses nombreux parcs et la forêt de Soignes toute proche. En 2018, la plateforme Travel Bird établissait un classement de 50 villes de l’OCDE selon leur caractère vert ou pas : Bruxelles arrivait 27e avec 23 % d’espaces verts, devant Anvers, 39e avec 19 %, mais loin derrière Prague (56,7 %), Madrid (45 %), Vienne (42,7 %) ou Edimbourg (41,8 %). Le site avait aussi calculé un ratio de 19,61 m2 d’espace vert par habitant.

Bruxelles-Environnement nuance un peu ce constat : « Une partie de la Région bruxelloise ne semble pas avoir été prise en compte dans l’analyse. Elle n’intègre pas une part importante de Neerpede, du sud d’Uccle et de la forêt de Soignes. Ces espaces d’environ 15 km2 sont très majoritairement végétalisés. » Elle reconnaît néanmoins un déficit qu’elle entend compenser : « Nous essayons de contrebalancer cette perte de végétation due à l’urbanisation en protégeant certains espaces via la création de zones Natura 2000 et de réserves naturelles. »

La friche Josaphat à Schaerbeek est menacée de disparition avec le projet de construction de... 1.600 logements.
La friche Josaphat à Schaerbeek est menacée de disparition avec le projet de construction de... 1.600 logements. - DR

Partout, on bétonne au nom du logement à pourvoir

« Végétaliser » une ville, ce slogan attrape-tout fait mouche auprès des habitants. L’enjeu est de taille. La verdure participe au bien-être, comme n’importe quel autre « équipement collectif ». Or, partout, on bétonne et on commercialise des projets résidentiels. Partout aussi, des comités de quartier font de la résistance. Autant de micro-initiatives témoignant d’une vraie préoccupation. Abattre moins d’arbres ! Le leitmotiv se répand à Schaerbeek (qui compte 12.000 arbres), avenue Eugène Demolder où les habitants se battent pour sauver 134 platanes, ou place de Ninove, ce 15 mars, avec une « Journée d’action festive contre le projet d’arracher six tilleuls argentés et tous les érables », pétition à l’appui. Dans le sud d’Uccle, le plateau Engeland se construit petit à petit, prêt à accueillir 60 maisons et 240 appartements. Le plateau Avijl se bat pour garder ses potagers et ses prairies. Le Kauwberg, lui, a été classé inconstructible, offrant un paysage boisé avec ses sentiers ouverts à tous.

Bruxelles moins verte ? Fions-nous à ce qu’on voit en tant que simple promeneur. La nouvelle place De Brouckère réaménagée ? Un grand espace vide en pierre, sans aucune végétation ! Idem place Madou, à part quelques bacs de fleurs faméliques. Le piétonnier ? Quelques maigres parcelles de gazon un peu prétexte. Les rues du centre-ville ? Souvent dépourvues d’arbres, livrées au pavé, sans effort d’amélioration, sans prise de conscience. Quelques places mieux pourvues (la place de la Liberté près du Cirque Royal) font figure d’exception, d’îlot privilégié. En contrebas du Parc royal (dont on annonce la rénovation en profondeur tant il est abîmé par les incessantes fêtes populaires estivales), le nouveau siège de la BNP Paribas Fortis dressera bientôt son toit végétalisé de belle ampleur. Quant à la Ville de Bruxelles, elle a lancé à l’horizon 2020-2030 le « Plan Canopée » de végétalisation des rues sur tout le territoire. Un plan en dix ans pour assurer la biodiversité, couplé à un inventaire du patrimoine arboré.

« La nature rafraîchit l’air, augmente le taux d’humidité ambiant, offre de l’ombre, purifie l’atmosphère », indiquait Zoubida Jellab, échevine des Espaces verts à Bruxelles, lors de la présentation du plan. « Elle est essentielle pour la protection de la biodiversité. L’arbre n’est pas un mobilier urbain, c’est un être vivant. C’est aussi un lieu de vie pour les oiseaux, les insectes… Il répond à des besoins et à un cycle de vie spécifiques. Nous voulons conserver le patrimoine existant. Nous voulons même augmenter sa présence. »

La capitale verte de l’Europe en 2021 ? Lille ou Strasbourg, des villes de taille comparable

Bruxelles vante-t-elle un peu trop sa fibre verte ? Elle dispose heureusement d’un nombre considérable de maisons unifamiliales avec un jardin de ville qui contribue à son charme pour les plus chanceux. Elle protège aussi ses cités-jardins, comme à Watermael-Boitsfort, avec ses cerisiers en fleurs au printemps. Mais il lui manque un « Central Parc » comme à New York, une longue bande arborée au cœur de la ville. Du coup, elle recourt à des artifices certes réussis mais limités : la fermeture du bois de la Cambre les week-ends, pour offrir de quoi respirer aux habitants. Ixelles prévoit de fermer les deux étangs proches de la place Flagey à la circulation l’été prochain, avec une extension possible vers l’Abbaye de la Cambre et son parc, véritable petit havre de tranquillité, et même jusqu’au bois.

La capitale est aussi très fière de sa « Promenade verte » ceinturant la ville, un circuit à boucler à vélo, parfois agréable comme aux étangs Mellaerts ou en lisière de Berchem-Sainte-Agathe, parfois un peu moins aux abords de Forest ou d’Anderlecht industries.

Depuis 2010, la Commission européenne désigne chaque année une ville comme étant la capitale verte de l’Europe. Des experts en développement durable examinent pour ce faire douze critères et notamment la valorisation des espaces verts. Bruxelles a déjà déposé sa candidature mais sans succès. Copenhague, Bristol, Stockholm, Hambourg, Lisbonne (en 2020) ont, elles, décroché le titre. Et en 2021 ? Trois finalistes sont retenus pour les villes de plus de 100.000 habitants : Lahti en Finlande, Lille et Strasbourg en France, proches de nous, avec une taille un peu comparable. À plus petite échelle, pour le prix « Feuille verte » attribué aux villes de 20.000 à 100.000 habitants, Malines est en lice. Bruxelles attendra, quand l’avenir reverdira…

 
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